Femme phallique ?

Dernière mise à jour : 3 déc. 2020

Pouvoir ou faux-semblant

Selon J. Lacan, l’investissement narcissique du pénis en tant qu’organe sexuel, comprenant le déni de son absence et l’envie de l’avoir, doit permettre à l’homme et à la femme de jouer symboliquement de l’absence de celui-ci dans les rapports à l’autre. Le phallus symbolisé devient le désir basé sur l’incomplétude de chacun.

Dans la société occidentale actuelle, la femme phallique revêt soit des atours masculins, vestimentaires, capillaires, postures, montrant un désir de ressembler à un homme, professionnellement investie à des postes de pouvoir, soit « une féminité accomplie » dévouée, parfaite maitresse de maison, entièrement disponible pour mari et enfant(s), affichant son sexe par sa féminité.

La beauté permettrait à l’homme d’oublier sa castration et rétablirait l’érection, quand la masculinité d’une femme à un poste professionnel de pouvoir serait castratrice.

Je me questionne sur les possibilités de trois exemples de femme phallique, Margaret Thatcher, Catherine II de Russie et Maryline Monroe.


Despote éclairé

C’est par un coup d’état que Catherine II prend le pouvoir. Elle fait assassiner son mari et est proclamée Impératrice autocrate de toutes les Russies, malgré le fait qu’elle n’appartienne pas à la famille royale et qu’elle ne soit pas russe.

Ses trente-quatre ans de règne lui permettent d’étendre son pays, développer le commerce, l’industrie, la santé, les arts, réformer l’état et son fonctionnement, mettre en place une politique d’éducation qui interdit les châtiments corporels.

Représentée très féminine par les peintres, elle a une image de nymphomane à cause de sa collection d’amants, qu’elle couvre de cadeaux et place à des postes de pouvoir.

La grande Catherine a un fils, fruit d’une union extra-conjugale organisée par sa belle-mère, qu’elle n’élèvera pas. Leurs relations seront conflictuelles et suspicieuses, le fils rend sa mère responsable du meurtre de son père, il désapprouve ses nombreux amants, et la mère rend coupable son fils de nourrir des projets de renversement.


La dame de fer

Première femme à la tête d’un gouvernement occidental, première femme à avoir gardé son poste pendant onze ans, Margaret Thatcher, fille d’un épicier méthodiste, devient par un travail acharné, Premier Ministre de Grande-Bretagne.

Considéré comme inflexible, elle fera face aux grèves de la faim des prisonniers républicains membres de l’IRA en Irlande du Nord, aux grèves dures des mineurs qui verront les mines fermées, limitera le pouvoir des syndicats, décriminalisera l’homosexualité, légalisera l’avortement, diminuera les dépenses publiques et rendra son pays victorieux dans la guerre des Malouines. C’est le projet d’un nouvel impôt très impopulaire qui l’obligera à démissionner.

Femme de convictions et de principes, à l’esprit vif et au phrasé acerbe, elle peut utiliser l’humiliation contre ses opposants pour dissimuler son émotivité face aux attaques personnelles.

La Dame de fer est le surnom donné par les dirigeants de l’U.R.S.S. pour rappeler son caractère intransigeant et sa grande maitrise de soi, surnom qu’elle revendiquera. Aussi bien adulée que vilipendée, elle reste un des personnages les plus controversé du XXème siècle.

Margaret Thatcher vivra un mariage soudé et heureux. Elle se consacrera à l’éducation de ses deux enfants (jumeaux) et se dira inconsolable suite au décès de son époux.


Icone du cinéma

Grâce à un concours de beauté, Norma Jean Baker entame une carrière de mannequin. Après avoir fait scandale pour des photos de nu, elle passe sous le bistouri de la chirurgie esthétique, étudie la comédie, change de nom et deviendra une star mythique du cinéma hollywoodien.

Souvent dépeinte comme une blonde écervelée capricieuse, incarnation de la femme-enfant, Maryline Monroe est en réalité directrice d’une société de production. Engagée en politique, elle lutte contre les discriminations raciales et milite pour les droits civiques. Complexée par son manque d’érudition, elle est décrite comme un bourreau de travail.

Mariée trois fois, ayant une vie sentimentale tumultueuse, les médias lui prêtent plusieurs liaisons dont une avec le président des Etats-Unis.

Elle n’aura pas d’enfant et sombrera dans la dépression, l’alcool et la consommation excessive de médicaments. Sa mort, déclarée comme un suicide, reste entourée de mystères. D’aucun y voient, encore aujourd’hui, un assassinat commandité par des proches de la Maison Blanche.


Le pouvoir sous le masque

Ces trois femmes ont en commun une enfance difficile, austère ou de solitude.

Margaret, qui vouait une grande admiration à son père, en a gardé le sens du travail et la rigueur.

Maryline, placée dans des familles d’accueil pour la protéger d’une mère vraisemblablement psychotique, accède aux études grâce à l’argent de ses photos.

Catherine, issue d’une noblesse modeste, délaissée par ses parents, trompe l’ennui dans les livres. Autodidacte, elle développe son intelligence et son sens critique.

Elles se sont extraites de leurs conditions par les sacrifices et le travail. Sachant tirer parti et valoriser leurs qualités, elles ont refusé la place que la société leur avait attribuée.

Maryline a donné aux hommes ce dont ils avaient envi en se transformant en jouet sexuel pour mieux les manipuler. Cependant, avait-elle réellement le pouvoir ? Fortement dépendante de son image de femme-enfant écervelé, elle n’a pas su imposer ses désirs et satisfaire ses besoins, elle sombra. Ne subsistent que des images sur papier glacé et quelques films.

Margaret adopta un caractère viril et combatif pour défendre ses ambitions et ses idées. Sa féminité, réservée à sa vie privée, s’exprimait par son couple soudé et l’éducation de ses enfants. Cependant, avait-elle du pouvoir ? Violemment critiqué par la société et son propre gouvernement, elle fut contrainte de démissionner. Sa santé l’obligea à se retirer de la vie politique. Reste un bilan en demi-teinte et quelques chansons haineuses.

Catherine utilisa la force pour prendre le pouvoir. Sa position d’autocrate et sa couronne d’impératrice lui permirent de le garder jusqu’à sa mort. Avait-elle un pouvoir total ? Elle dû sacrifier son fils unique et la maternité et compenser son image avec de nombreux amants. L’histoire a gardé d’elle l’image d’un grand personnage, oubliant son sexe, comparable à Pierre le Grand.


En conclusion

Le destin de ces femmes aurait-il été le même si elles avaient été des hommes ? La société demande-t-elle à un homme de sacrifier une part de ce qu’il est pour avoir du pouvoir ?

La femme doit travailler et batailler beaucoup plus qu’un homme pour réussir. Rien ne lui ai épargné. Les qualités attribuées à un homme deviennent des défauts chez une femme. Au final, le pouvoir que la société lui accorde est temporaire. Ce qu’elle a gagné au prix de grands sacrifices lui est retiré au moindre faux-pas, à la moindre défaillance.

Détenir le phallus, le pouvoir, pour une femme, est incertain et dépend de l’autre. A l’image du sexe masculin, flasque la plupart du temps, qui a besoin de l’image stimulante de l’autre pour être en érection.


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