Femmes rasées

Dernière mise à jour : 3 avr. 2021

Retour sur un phénomène (de mode ?)


“Peu d'être sont capables d'exprimer posément une opinion différente des préjugés de leur milieu. La plupart des êtres sont mêmes incapables d'arriver à formuler de telles opinions.”

Albert Einstein / Comment je vois le monde


Je ne sais pas si vous avez constaté le nombre croissant de vidéos et articles sur le thème "Je me rase la tête" ?

L'acte interpelle. Surpris de prime à bord, le questionnement sur les motivations, puis des sentiments contradictoires se font rapidement jour.

Pourquoi ? Est-ce un défit, un pari perdu ? Maladie, stupidité, folie ? Est-ce pour faire le "buzz" sur la toile et cumuler les followers ?

Et finalement les avis fusent. Chacun s'autorise a dire ce qu'il pense, même si rien ne lui a été demandé. Pitié et inquiétude "tu es malade ?", incertitude "c'est un fille, ça ?", colère "t'es moche comme ça, qu'est ce qui t'a pris", jalousie "elle a du toupet (culot), pour qui elle se prend, prête à tout pour se faire remarquer" puis les insultes.

Parce que Oui, porter les cheveux ultra courts ou rasés n'est pas anodin.


De tous temps, la chevelure féminine fut considérée comme un outil de séduction, indicateur de l'âge, de la santé et du potentiel reproducteur de celle qui les porte (voir l'étude de Jacobi et Cash en1994 ainsi que celle de Hinsz, Matz et Patience en 2001).

Si la pensée commune aux deux sexes serait que la féminité (maternité par extension) ne saurait être représenté par des cheveux courts, alors des crânes rasées sont la preuve de la faute et du pêché (de chair).

C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les femmes ont été tondues, marquées sur le front au fer rouge, mises à nu en place public, obligées de défiler sous les insultes et jets de projectiles, à la libération. Geste d'une grande violence, avilissant, dont le but est de les remettre à leur place, en leur donnant une bonne leçon (qu'elles n'oublieront pas, chacun se chargeant de le leur rappeler), place de femmes soumises, au foyer (les condamnées n'ayant plus le droit de travailler), dévouées à leurs familles, hommes, patrie. Un seul mot Coupable !


Coupable de quoi aujourd'hui ? D'anticonformisme, libérée des canons de la beauté, du jugement dont la femme rasée n'a cure, libérée d'une sexualité codifiée, libre de faire ce qu'elle veut, de penser librement, libre de plaire à sa façon et surtout, libre de choisir sa place.



Parce que la vision de ces deux femmes rasées, fait naitre des sentiments contradictoires pour les hommes comme pour les femmes. Si l'on a envie d'en prendre une dans les bras, tellement vulnérable dans son apparence, l'autre déconcerte, énerve, car franchement, quel caractère. En voici une qui en a dans le caleçon, quel courage, quel style. Quelque part on désirerait ressembler à ces audacieuses, sachant pertinemment que se raser la tête, c'est se défaire de son armure, sortir de sa zone de confort, impossible de cacher cicatrices, imperfections et bouton disgracieux. Impossible de se cacher, mise à nu, exposition des doutes et incertitudes, seule face à soi-même. Et si l'image de la maladie, de la profession, de la pratique religieuse, du don de se cheveux pour sauver les océans ou pour fabriquer des perruques pour les cancéreux, traversent l'esprit, au final, c'est la question de la sexualité qui revient sur le tapis, ces cranes rasés qui n'essayent même pas de plaire, "alors lesbienne ou pas ?".


Et bizarrement, les mêmes sentiments animent face à un homme féminisé, c'est la question androgine qui dérange. Ne pas savoir, bousculé par l'inconnu, comment réagir, comment se comporter. Et face à ce qui n'est pas maitrisé, c'est la défense voir l'attaque qui sera privilégiée.


Qu'est ce que la violence apporte ? Un ressenti éphémère de domination, de maitrise ? Ce ne sont que des cheveux ! Franchement, dire "Salut, ça va" n'est pas plus simple ? Alors acceptons nous, tous différents, tous riches de savoirs et d'expériences. Une femme rasée, un homme maquillé aux cheveux longs n'empêchent personne de vivre. Soyons libre !


“Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé.” Albert Einstein



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