Le Potlatch serait-il une allégorie du deuil ?

Dernière mise à jour : 12 nov. 2020


Potlatch : Du chinook patshati, le don.

« C’est l’ensemble de comportements et rites par lesquels un individu ou un groupe d’individus, appartenant à une classe supérieure, fait des dons à un individu d'une autre classe sociale afin de le défier, de l'obligé soit, à les accepter sans contrepartie soit, à lui offrir l'équivalent et à lui rendre positivement. » (Dictionnaire Larousse)

Ce système d'échange, obligatoire sous peine d'exclusion, donner, recevoir, rendre, concerne tout ce qui est précieux, allant des privilèges aux danses, des enfants aux maisons, des plaisanteries et insultes, jusqu'aux titres, et sont objet de croyances spirituelles.

Ces éléments, objets, échangés, gage de richesses, gardent en eux une trace de la personne à l'initiative de l'échange et font du receveur un initier et le protège.

« L’action de donner semble matérialiser une relation de sympathie, revêt en fait une dimension agressive. Car le cadeau crée une dette. En obligeant son partenaire, le donateur acquiert sur lui de l'ascendant, sinon du pouvoir. » (M. MAUSS, Essais sur le don, édition La république des lettres, 2013).

Dans le deuil, perdre l’autre, c’est perdre un peu de soi comme le rappelait S. FREUD. C’est le même principe que le Potlatch, ce que le mort nous laisse, nous endette. L’endeuillé doit se montrer à la hauteur qu’il estime être du don. Il doit aussi restituer ce prêt hérité avec les intérêts, à la société. Car c’est par la perte que nous accédons à nous-même, et avec l’échange, nous ne conservons que quelques traces de l’objet pour en reconstruire un nouveau.

C’est la déformation de l’objet à l’extrême, au point qu’il disparait et revient sous une autre forme. C’est ce qui est souligné par S. FREUD dans « Deuil et Mélancolie », la trace d’un objet est en relation avec d’autres traces et n’est pas un élément isolé : « Mille connexions », « d’innombrables impressions de détail », (S. FREUD) dans la mémoire inconsciente. Comment retrouver dans le psychisme la trace d’un objet ? Seule, elle n’existe pas.

4 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout