LE VIDE ET LE MANQUE

Dernière mise à jour : 9 juil. 2021

Petit tour (succinct) en psychanalyse, en un pays inconscient fait de phantasme (fantasme)

Le vide met en évidence l’absence, le manque.


C’est la problématique inconsciente de la différence des sexes.

Le petit enfant n’ayant pas accès à la fonction symbolique, à la vue du sexe féminin, constate l’absence du phallus. Ne sachant pas si c’est anormal ou voulu, son imagination fournit plusieurs scénarios dont celui du phallus coupé, de la sentence menaçante et douloureuse. Cette découverte traumatisante insupportable est oubliée, refoulée. Le symbolisme transformera ce manque en castration. Rien n’effacera cette représentation imaginaire mémorisée précocement.

Le vide est donc remplacé par ce qu’il manque.

Et les représentations de l’absent sont innombrables. Inconsciemment la question est « avoir ou pas un phallus ». Le sujet créera et fantasmera des substituts pour remplacer le manquant, combler le vide.


Une femme, par la maternité, des talons aiguilles, une autonomie financière… s’illusionne de posséder un phallus. Un homme, professionnellement installé au sommet de la hiérarchie, conduisant une voiture puissante, portant un uniforme… oubliera temporairement sa castration. Il en va de même pour l’artiste face à ses œuvres…


Et ainsi, les représentations fantasmatiques du manque ne manquent pas, qu’elles soient explicites dans « Le jardin des délices », ce triptyque de Jérôme BOSCH peint entre 1494 et 1505, « Le vagin de la reine » de Anish Kapoor exposé en juin 2015 dans les jardins du château de Versailles ou la tour de Gustave Eiffel… Plus subtiles chez Andrej REMNEV (né en 1962), Michael CHEVAL (né en 1966), Frida KAHLO (1907-1954), Gustav KLIMT (1862-1918) …


Jérôme BOSCH



Anish KAPOOR



Andrej REMNEV



Michael CHEVAL



Frida KAHLO



Gustav KLIMT



Le manque installe le désir, celui de voir ce qui est absent dans le vide. Le manque à la source de la créativité, favorise la fabrication de ce qui remplacera le phallus enlevé au petit garçon par la castration ou le phallus jamais donné à la petite fille. Homme et femme désirent et inventent pour ne pas voir ce qu’ils n’ont pas.


OEDIPE OU LA LIMITE STRUCTURANTE


Si par principe la loi d’un pays est souhaitée par ses habitants, que les rites initiatiques sont pensés et établis par les ainés à destination des plus jeunes, alors le complexe d’Œdipe et ses interdits sont désirés par les enfants (et en général, les parents ne s'aperçoivent de rien). La résolution de la problématique œdipienne et l’acceptation des règles dépendent du degrés de frustration (privation-frustration-castration).


Exemple du petit garçon : Sorti de la fusion avec sa mère par le sevrage, différencié d’elle par le stade du miroir, il a l’illusion qu’il est le phallus de sa mère, le seul à pouvoir la contenter. Son père devient le rival qu’il doit éliminer.


En prenant conscience qu’il aime aussi son père, il abandonne l’envie de le supprimer.

En comprenant que sa mère n’est pas toujours parfaite, toujours disponible, il se tourne vers d’autres objets source de créations et de gratifications. Il peut compenser et ainsi, les accueillir plaisamment quand il a, à nouveau, toutes leurs attentions.


Aidé de son narcissisme, sécurisé par la conviction que ses parents seront toujours aimants et attentifs, confiant dans ses capacités et sa valeur, l’homme en devenir multipliera les expériences, investira et désinvestira successivement pour construire son identité, sa personnalité et son histoire.


Cependant, ce parcours ne se fera que si ses parents ont la capacité de l’accompagner ; L’intégration des interdits et des limites dépend aussi de leur acceptation d’avoir ou non un phallus. Car sinon, d’une privation réelle conduisant à une frustration imaginaire insupportable résultera la castration. Choqué, l’enfant restera bloqué, refoulant le traumatisme. Il développera des comportements et des pensées obsessionnelles qui favoriseront la répétition.


Pour que les interdits ne soient pas traumatisant, ils doivent être posés avec mesure. Un parent trop autoritaire, violant, impatient, ne peut pas instiller la confiance en lui et en ses capacités chez son enfant. Ce parent, castré, inconsciemment, se fabrique un phallus dans une éducation délétère. Le but, plus ou moins conscient, est de garder le pouvoir face à celui qui s’accapare sa femme, lui prend son énergie par des demandes d'attention continuelles, le privant partiellement de sa liberté.

Et si cet enfant lui volait son phallus ? Et si cet enfant découvrait que son père n’en avait pas ? Et si cet enfant le dépassait, n’ayant plus besoin de lui ? Serait-il capable… ?


Ce qui se joue au sein de la famille vaut aussi pour la société, la religion, le travail… C’est la façon de combler le vide qui dicte les rapports Homme/Homme, Homme/Femme et même, Femme/Femme. Amour, aimance, haine, colère, jalousie, envie, création, réalisation, résilience, s’élever ou sombrer, quelle est la capacité de chacun à faire avec ce qu’il a ?


L’AUTRE VIDE


Eloigné du vide de J. Lacan, constitutif du sujet, énergie du « manque à être » qui pousse à symboliser grâce au langage et à désirer trouver ce qui lui manque, objet enlevé par la castration, le vide de D.W. Winnicott est celui de la fracture du Moi. C’est le vide qui suit l’absence d’une bonne mère et d’une réalité satisfaisante. Ce qui reste pour masquer ce vide est le mauvais objet, empêchant l’installation de la confiance dans le Moi.


Pour combler la faille dans son organisation, le Moi met en place un système de défense dont le but est d’éviter l’effondrement de son organisation. Le vide laissé par la non-reconnaissance de la mère insuffisamment bonne ne peut pas structurer le Moi, car le sujet est fondamentalement dépendant.


Le Moi se défend en s’adaptant à l’objet/mère et à la réalité. Le bébé qui ne se voit pas dans le regard de sa mère quand il la regarde et ne reçoit pas de réponse équivalant à ce qu’il donne, ne perçoit que la mauvaise mère. Pour éviter le désespoir de ne pas répondre à celle-ci de la bonne façon, il oublie ses propres besoins au bénéfice des besoins de sa mère. Son angoisse développe sa capacité à percevoir l’état émotif de sa mère et à deviner ce qu’elle veut. Le Moi se construit en conformité avec son environnement. Il ne reste que la mauvaise mère et une réalité insuffisamment bonne. C’est une brèche dans le Soi, une absence identitaire, une faille narcissique qui fracture le Moi. Comment ce bébé, qui ne s’est pas vu dans le regard de sa mère, qui y a vu du vide, peut-il par la suite se voir lui-même ?


Devenu un adulte sur adapté, celui-ci donne sans avoir l’impression de recevoir. Mais sa souffrance ne sera jamais exprimée, car le vide intérieur lui rappel la plainte émise qui n’a jamais été entendue par sa mère. Il n’espère pas qu’un autre y prête attention. Très vulnérable, il se défend de dépendre de l’objet/l'Autre pour ne pas revivre le traumatisme de la première expérience catastrophique.



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