Nous devrions être attentif à ce que nous désirons

Exemple personnel des agissements d'une pensée consciente sur le futur


Dans les années 80, je découvre le film "La forêt d'Emeraude"(https://www.youtube.com/watch?v=P-zqgA51vkk) au cinéma, petite sortie Père-fille sympathique pour une enfant d'une dizaine d'année. En le disant, je constate que le temps passe très vite…

Subjuguée par les images, impressionnée par les rites initiatiques amérindiens (d'où l'importance du contrôle parental sur les contenus regardés par les jeunes), je suis saisie par un cliché.

Une route de terre rouge orangée sépare la végétation dense d'un vert profond.

Ebranlée par le climat étrange que cette vision installe, la peur de l'inconnue laisse place en une fraction de seconde, au désir d'exploration de ce territoire inhospitalier vraisemblablement dangereux. Immédiatement je me dis "un jour je serais sur ce chemin."

Étonnamment, je ne souviens pas vraiment de ce film, je l'oublie même, tout comme cette image qui m'avait si bouleversée.

La vie passe. Et le sujet n'a pas sa place dans cet article.

Bref, une mutation professionnelle me transporte en Guyane Française.

Trop occupée par l'installation, je n'ai pas le temps de découvrir le département. Je ne suis définitivement pas une aventurière, j'aime le bitume, le béton et le confort de la civilisation. Je déteste salir mes chaussures et de toutes façons, je reste dégoutée par les petites bêtes rampantes, volantes en tous genres.

Cayenne, à l'image de nombreuses agglomérations, est en plein "boom". C'est ainsi, qu'au détour d'une route, dans ma voiture, je passe devant un chantier. Stupéfaite par ce que je viens de voir, je stoppe et fais marche arrière avec précaution.

Je suis devant la photographie du film, celle oubliée. Quelques années plus tard, un ami photographe, Gilles Rohaut (https://www.blurb.fr/b/2081294) m'enverra ce cliché.

Petit aparté, je vous invite à découvrir son travail esthétique, tout en délicatesse (http://www.unmondegrisbleu.fr)


Si j'ai apporté un début de réponse dans un autre poste sur les implications des mémoires, je ne suis pas neuroscientifique et n'ai donc pas la prétention de tout expliquer. Comment une pensée consciente enfantine se répercute sur le devenir ? Peut-être n'y a-t-il pas matière à réfléchir et se faire "des nœuds au cerveau".

Cependant, ma formation professionnelle, le cadeau des récits que ma patientèle me fait et l'humble travail quotidien des Accords Toltèques ont forgé chez moi, l'idée que chaque pensée, chaque mot ont un impact sur le futur. Mon post sur la fonction symbolique fondamentale en est une interprétation. J'invite chacun à développer son raisonnement et ses opinions sur le sujet.

Mon intérêt porte sur le concept que rien n'est inscrit dans le marbre et que la notion du destin inéluctable défini par nos traumatismes reste discutable.

Nous naissons tous avec le même cerveau, sauf cas de malformations ou de pathologies congénitales.

Nous avons donc en main les mêmes cartes. Nos différences sont issues de notre vécu, notre histoire, notre famille, notre société, notre culture, notre pays et notre ressenti.

Force est de constater que la génétique ne fait pas tout. Des jumeaux monozygotes n’auront pas forcément les mêmes vies malgré de possibles similitudes. L’un devient chirurgien quand l’autre boucher, pourquoi pas.


La fatalité ?

Nous connaissons tous une célibataire qui n’attire que les tordus, un éternel chômeur qui enchaine les CDD, plein d’espoir, sans jamais être embauché ou un « t’as-mal-où » toujours souffrant.

Le destin c’est de penser que nous ne sommes pas maître de notre vie, que nous n’avons pas la liberté de nos décisions, soumis à des forces supérieures, cosmiques et qu’il peut se dévoiler dans la boule de cristal de Madame Soleil. Les Grecs voyaient dans les coups du sort les jeux des dieux qui s’amusaient à tourmenter l’homme pour passer le temps, l’Olympe est ennuyeuse, rien n’y manque.

Si certains événements ne peuvent être contrôlés (accident de voiture, inondation, perte du chat ou des clefs de la maison…) nous gardons le choix sur notre façon de réagir.


Un destin tout tracé par le choix

Si le choix est conscient, la raison en est inconsciente, l’homme choisit mais ne saurait définir pourquoi.

Selon l’étude menée par le psychiatre Léopold Szondi (1893-1986), les choix seraient soumis à l’hérédité, aux choix de nos ancêtres (choix génotropes). Les jumeaux monozygotes auraient une concordance de choix élevée d’après le test « génotest » pratiqué entre 1937 et 1939, mais feraient aussi quelques choix différents.

Ces différences de choix émaneraient du Moi conscient (choix égotropes). Le choix génotrope serait contraint (inconscient) et le choix égotrope serait libre (conscient).

L’homme nait avec le choix et dépend de la force de son Moi. Un dialogue entre le Moi et l’hérédité génétique permettrait une multitude de choix, compromis, changement d’avis… ou pas de choix du tout.

Pour se libérer de la fatalité, la contrainte héréditaire inconsciente doit passer dans le domaine du conscient puis le Moi doit avoir la capacité de prendre position librement, soit par l’affirmation et l’identification, soit par la dénégation, l’évitement, l’inhibition, le refoulement, la dévalorisation ou la destruction, soit par l’indécision (position ambivalente), enfin, le Moi peut aussi choisir la sublimation artistique ou professionnelle.

« Contrainte et liberté sont dès lors des opposés complémentaires et non contradictoires. » De la psychologie du choix, Léopold Szondi, Revue philosophique de Louvain, 1967.

La contrainte héréditaire recevrait une part de liberté du Moi et la liberté du Moi recevrait une part de contrainte héréditaire. C’est le niveau de conscience qui déterminerait le destin, le dialogue entre le Moi et l’hérédité génétique, le choix. Plus la conscience est élevée, plus le choix sera libre.

J'espère que je n'ai pas perdu trop de monde dans cette explication. Je continue.


Le Moi dépendant

Le Moi est le médiateur entre la volonté du Ça et les exigences morales du Surmoi. Il se construit avec le développement psycho-sexuel de l’enfant, est la plus grande partie du conscient et possède une partie inconsciente.

Selon Sigmund Freud il y a 4 formes de choix à l’âge adulte :

- Le choix d’objet incestueux, œdipien ou anaclitique (qui s’appuie sur les figures parentales). C’est la forme première et universelle de choix d’objet.

- Le choix d’objet narcissique qui ne s’appuie pas sur les figures parentales (Imago) mais sur sa propre personne. C’est la forme de choix du pervers.

- Le choix qui s’appuie sur une partie de la personnalité propre qui n’a pu atteindre son plein développement. C’est le choix du partenaire présentant les qualités du parent qui n’ont pas été acceptées.

- Le choix fait par crainte de l’inceste. C’est le choix du partenaire à l’opposé ou très différent de l’Imago parental.

Ces 4 formes de choix conscient ou inconscient influencent la liberté du Moi conscient dans le dialogue avec la contrainte héréditaire inconsciente.

Léopold Szondi résume « Le choix fait le destin ». Et tout est possible car le choix dépend des choix de nos ancêtres reçus en héritage, choix génotropes inconscients et des choix égotropes conscients libres du Moi, lui-même soumis aux 4 formes de choix issus du développement psycho-sexuel de l’enfant.

« Nous ne sommes rien, ce que nous cherchons est tout. » Léopold Szondi.


Le Moi traumatisé

Ce choix est aussi conditionné par notre névrose issue des conflits psychiques infantiles refoulés, conflit entre le Ça et le Surmoi à l’intérieur du Moi, entre la pulsion et la défense.

Le bébé nait avec le sentiment que pour vivre, il doit satisfaire les désirs de sa mère, lui plaire absolument. La demande comblée du bébé lui donne du plaisir. Il investit sa mère, source de plaisir. Le besoin de contenter toutes les demandes réelles ou fantasmées est intériorisé.

En grandissant, l’enfant devenu homme est convaincu que s’il ne répond pas favorablement aux attentes extérieures il ne sera pas aimé, il ne sera plus capable d’être aimé.

Cette crainte phantasmée va motiver toutes ses décisions, façonnées par son passé familiale, générationnel, culturel, traumatique ainsi que par ses fantasmes. Tout dépend de la force du Moi, de sa capacité à mettre des mots, des images sur les expériences vécues, lier affects et représentations.

Le fantasme est une production consciente imaginaire qui permet au Moi de se soustraire à la réalité. Le fantasme est l’expression d’un désir refoulé.

Le phantasme est la production imaginaire inconsciente.

Dans la névrose, le Moi, sous l’effet du traumatisme, est séparé en deux. Une partie est en phase avec la réalité et l’autre, blessée, est rentrée vers l’intérieur pour être protégée, défendue, c’est le Moi refoulé. Cette ambivalence est le prisme qui modifie la réalité et motive les réactions de l’homme.

Un trauma est le coup réel, extérieur.

Un traumatisme est la représentation de ce coup. La violence subit dépasse les capacités d’élaboration de l’enfant et cause une atteinte permanente du psychisme.

Alfred Adler (1870-1937), ethnologue et élève de Sigmund Freud voit dans la névrose un complexe d’infériorité avec des effets sur l’estime de soi, affectant les performances et la motivation. Le destin est teinté de défaitisme et d’inéluctabilité.


Tous victimes

« Ce n’est pas moi, c’est lui », « c’est celui qui dit qui est » … Depuis l’enfance, l’homme projette sur les autres et l’extérieur son malaise et ses angoisses, il lui faut un bouc-émissaire.

Le fauteuil de victime est confortable et rassurant. Cette position permet de se lamenter, se faire plaindre, être pris en charge et déresponsabilise tout en donnant du pouvoir sur les autres. Les proches sont obligés de s’occuper de la victime au risque d’être considérés si non, comme étant à l’initiative ou complices des malheurs, car eux-mêmes sont victimes, névrosés dépendant du destin, impuissants.

Tout devient une excuse, « c’est la faute de la météo, de la voiture, du voisin… », « c’est ta faute », et c’est avec un certain plaisir que l’homme peut souffrir.


Tous responsables

« Dans une ménagerie

De volatiles remplie

Vivaient le cygne et l’oison :

Celui-là destiné pour les regards du maître ;

Celui-ci, pour son goût : l’un qui se piquait d’être

Commensal du jardin ; l’autre de la maison.

Des fossés du château faisant leurs galeries,

Tantôt on les eût vus côte à côte nager,

Tantôt courir sur l’onde, et tantôt se plonger,

Sans pouvoir satisfaire à leurs vaines envies.

Un jour le cuisinier, ayant trop bu d’un coup,

Prit pour oison le cygne ; et le tenant au cou,

Il allait l’égorger, puis le mettre en potage.

L’oiseau, prêt à mourir, se plaint en son ramage.

Le cuisinier fut fort surpris,

Et vit bien qu’il s’était mépris.

« Quoi ? je mettrais, dit-il, un tel chanteur en soupe !

Non, non, ne plaise aux dieux que jamais ma main coupe

La gorge à qui s’en sert si bien ! »

Ainsi dans les dangers qui nous suivent en croupe

Le doux parler ne nuit de rien. »


Le cygne et le cuisinier

Jean de La Fontaine.


Le cygne et l’oison couraient après des plaisirs qui ne les contentaient pas, ils étaient insatisfaits et comble de malheur, connaissaient à l’avance l’issue de leur vie, écrite par le cuisinier.

Mais rien n’est jamais sûr, et il peut suffire d’un verre de trop pour que tout bascule. C’est l’imprévu.

Si le cygne n’avait pas manifesté son désaccord, tout aurait été fini. Par la parole, tout fût différent.


Difficile car angoissant, être responsable n’est pas la recherche du contrôle absolu. Personne n’a de prise sur les événements, sur les autres, sur les imprévus.

Le contrôle absolu est hystérique. Et à part si l’on détient un diplôme de druide, lire dans les entrailles d’un canard pour connaitre et contrôler l’avenir ne sert à rien.

Dans la vie rien n’est réglé à l’avance. Baigner dans l’imaginaire névrotique, c’est fuir le réel, fuir ses responsabilités, pour ne pas faire face à l’adversité et ne régler aucun problème.

Inévitablement, à ne pas prêter attention à « sa petite voix intérieur », ce sera vivre une vie insatisfaisante, morne et sans saveur, dans laquelle tout est inhibé, y compris les petits plaisirs inattendus du quotidien. Petit à petit c’est l’isolement. Le malheur se nourrit du malheur.

Être responsable c’est adapter sa conduite aux événements et faire le choix non pas de la colère, de l’affolement, de la fuite, du désarroi ou de l’accablement et de la désespérance, mais celui de la parole, du dialogue et de l’action. Il peut parfois sortir du bon du malheur.

Tout le monde me suit ? C'est bientôt fini.


Changer ses habitudes

Subir ou choisir son destin. La vie que nous vivons, nous l’avons choisi. Même le malheur peut être transformé. Mais rien ne se fait sans peine et nous rechignons à changer, craignant la souffrance et l’inconnu.

Tout commence par un travail d’introspection, se remettre en cause, comprendre que les barrières que nous élevons autour de nous ne nous protègent pas, elles nous empêchent d’avancer et d’éprouver des joies.

Car vivre pleinement, c’est prendre un risque, celui de se tromper, celui de changer d’avis, celui d’être mouillé par une averse impromptue.

Comment profiter du soleil qui nous séchera si nous rentrons dans notre coquille dès que nous recevons une goutte d’eau. Cette coquille est notre jugement sur la vie, les autres, sur nous-même. Il est issu de nos expériences enfantines, pétri par nos traumatismes, alimenté de nos angoisses et de notre culpabilité. Coupable de faire tout ce que l’on attend de nous, coupable de ne pas prendre en compte nos besoins, coupable de penser que tout est notre faute.

Si demain nous souhaitons mettre des lunettes de soleil, il faudra combler en partie l’écart entre notre Moi idéal et notre idéal du Moi, entre cette époque révolue pendant laquelle tout était pour le mieux et ce que nous devons faire pour être celui que nous voulons être, penser que l’on peut être aimé pour ce que nous sommes, apprendre à dire « non » et arrêter l’autopunition.

Si le présent ne nous convient pas, nous avons le pouvoir de le changer par le choix d’être responsable. Chaque choix ouvre le champ des possibles. Si apprécier le bonheur est aisé, il faut aussi apprendre à changer notre regard sur l’adversité. Elle nous donne des leçons, nous fait évoluer, nous transforme, nous incite à réinvestir grâce aux manques qu’elle nous a fait ressentir et nous permet de savourer pleinement le bonheur.

Quand le désir de se prendre en main ne suffit pas, que la tâche semble trop difficile, trop douloureuse, il est nécessaire de se faire aider. Le psychologue ou le psychanalyste écoute, sans jugement, avec bienveillance et ouverture d’esprit.

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