Résilience

Dernière mise à jour : 3 avr. 2021

(TISSERON, Serge. La résilience. 6éme. Paris : PUF, 2017. Collection "Que sais-je ?". 3785.)


Mot très à la mode, il est tellement utilisé dans n’importe quel domaine que sa définition n’est plus respectée. La résilience se retrouve maintenant dans l’écologie, la politique, on parle même de ville résiliente (?!). Ce mot simple à retenir, bien placé dans une phrase, permet de briller en société par une image savante et érudite.

C’est le caractère exceptionnel du sujet résilient, dans une définition psychologique qu’il m’intéresse d’aborder.


Selon Boris CYRULNIK, « […] personne ne prétend que la résilience est une recette de bonheur. C’est une stratégie de lutte contre le malheur qui permet d’arracher du plaisir à vivre, malgré le murmure des fantômes au fond de sa mémoire. » (CYRULNIK, Boris. Le murmure des fantômes. Paris : Odile Jacob, 2003.)


La résilience serait une qualité, celle de la résilience des matériaux.

La résiliance (avec un A, n’en déplaise à mon correcteur PC) serait un processus, un travail fait toute notre vie.

La Résilience (avec un R majuscule) serait la force qui nous permettrait de composer avec nos expériences et ressentis.

Donc la Résilience est une force qui favorise les qualités de résilience de chaque individu grâce au processus collectif de résiliance dans une famille, un groupe, une société.


Evolution de l’idée du traumatisme

L’individu nait avec le manque qui le pousse à investir, apprendre, grandir et évoluer. Sa force de résilience lui permet de reconstruire toute sa vie un équilibre instable pour ressentir un certain confort ou bien-être temporaire.


La théorie de Sigmund FREUD expliquait que le traumatisme est possible seulement sur un sujet présentant une faille préexistante. C’est cette fragilité qui crée la pathologie.


L’introduction du concept de résilience dans les années 90 permet de remplacer le statut de malade du sujet fragile par le statut de victime. Le traumatisme n’est plus une réaction anormale à la suite d’un événement choquant, mais une réaction normale face à un événement anormal.


L’individu a 3 comportements possibles pour donner suite à un traumatisme :


· Rester bloqué et ne plus vivre de façon satisfaisante,

· Revenir à sa vie d’avant et n’y rien changer,

· Mettre à profit l’événement exceptionnel pour modifier sa vie, prendre un nouveau départ vers une vie plus satisfaisante qu’avant.


Mon père, survivant de la polio, aux mains déformées, était diplômé des Beaux-arts de Paris. C’est ça la résilience, la capacité de se découvrir, de se dépasser et d’évoluer. Un traumatisme donnerait l’occasion de grandir et ne devrait plus être redouté. Dit comme ça, chacun devrait désirer vivre des catastrophes ! C’est oublier que les forces de résilience dépendent de l’individu et aussi, de la famille, du groupe dans lequel il a grandi.


Tuteur de résilience

Pour faire face au désert affectif et acquérir la capacité de donner du sens aux événements, l’enfant doit avoir la possibilité de tisser des liens avec un mentor, que Boris CYRULNIK nomme « tuteur de résilience ». Au-delà de son statut professionnel (éducateur, instituteur…) et au-delà de son statut familiale (grand-père, tante, amis…) c’est la qualité de l’attachement, l’amour même qui est le plus important.

Son rôle est de renforcer l’estime de soi d’un sujet fragile, l’aider à donner du sens aux événements de la vie, créer des représentations de soi et de l’autre, unique, pensant et ressentant, identifier ses émotions et ses symboles et savoir les différencier des émotions et symboles de l’autre, se savoir capable de créer des liens et de les interrompre.


Si la science détermine nos comportements comme dépendants et déterminés par la génétique, les travaux sur la résilience montrent que les stratégies mises en place par un individu sont aussi dépendantes des opportunités liées à l’environnement. Ce sont donc les facteurs internes, génétique, cognitif et comportemental et les facteurs environnementaux qui influent sur chacun selon le moment, le temps (passé et présent), l’environnement (famille et bagages générationnels, culture, pays…) et les expériences et épreuves de la vie.


Être un tuteur de résilience c’est donner à un enfant le sentiment d’être aimé, le valoriser, lui donner confiance en soi, l’estime de soi et lui donner confiance en l’autre et en la vie. L’enfant aura alors la capacité, à l’âge adulte, de faire face à ses peurs grâce à sa capacité d’avoir des expériences valorisantes, même dans l’adversité, et restera optimiste. Rien n’est joué d’avance, tout dépend de nous.


Les écueils à éviter

Le concept de la résilience risque :


- De favoriser le jugement et l’incompréhension. Si la résilience n’est pas résister au traumatisme mais réagir après celui-ci en évoluant, alors le pervers est-il résilient ? Un pervers a résisté au traumatisme et a continué son développement en jouissant des souffrances de l’autre.


- De favoriser l’héritage générationnel. L’histoire nous a montré des exemples de résilience qui n’ont pas supprimé les effets du traumatisme sur les générations suivantes. A l’image de l’histoire familiale de cet homme, William Patrick Aloïs, né en Angleterre, fils d’Aloïs Hitler qui l’abandonna à l’âge de 13 ans, et neveu d’Adolf, s’installant aux Etats-Unis, médiatisé par un pays curieux de son passé. Opportuniste et résilient, il changea son nom en Stuart Houston, se maria et fonda une famille. Pourtant, ses trois fils choisirent de vivre reclus et aucun n’eut de descendance.


- De favoriser la création et de la reconnaitre comme preuve de résilience. Le tortionnaire et la victime utilise le clivage comme mécanisme de défense face au traumatisme. Les sensations, les émotions et les fantasmes ressentis lors de l’expérience inacceptable car incompréhensible, sont refoulés dans une partie du psychisme. Le but est la protection de l’individu dans l’immédiat et la possibilité de parler de l’expérience dans le futur. Dépasser le clivage qui fait suite au traumatisme dans la création et ainsi sublimer, est exceptionnel. La sublimation, selon Sigmund Freud, est la façon de dépasser les désirs sexuels interdits par la société. L’énergie de la pulsion est utilisée dans une activité non sexuelle, comme peindre ou enseigner, et est la règle de la vie en société. Car le clivage n’est jamais complétement dépassé, il reste toujours au plus profond de soi quelque chose qui subsiste. Ainsi, la reconstruction du psychisme n’est jamais terminée tout comme le travail de deuil. Qui n'a jamais eu de professeur sadique ? Et franchement, que penser des prêtres pédophiles ?


La résilience n’est pas acquise, elle n’est ni stable, ni définitive et ne s’applique pas à tous les traumatismes.


Chacun peut faire preuve de résilience face à une forme de traumatisme et pas à une autre, à un certain moment de sa vie puis plus à un autre. Chaque traumatisé doit être reconnu dans sa singularité, avec respect, même dans les limites de ses capacités, et avec dignité.


“La vie est une aventure, elle doit être sans cesse disputée à la mort.”

Albert Einstein



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